Julien Gracq

Au chateau d’Argol (08.01.2019)

Premier roman de Julien Gracq, Au Château d’Argol est un texte qu’on peut aisément rattacher au mouvement surréaliste et qui s’apparente, par ses thèmes, sa structure et son titre même, aux gothiques anglais (Le Moine, Le château d’Otrante, Frankenstein) dont les surréalistes furent friands (Antonin Artaud réécrira d’ailleurs Le Moine à sa manière sous forme d’une pseudo-traduction).

L’histoire présente le huis-clos du triangle amoureux que forment Albert, Herminien et Heide. Albert achète le château d’Argol pour s’y retirer un temps dans la solitiude et l’étude philosophique. Il en découvre seul les environs dans l’attente de la visite annoncée de son ami le plus intime, Herminien, qui viendra accompagné de Heide, qu’Albert ne connaît pas. Lors d’une de ses promenades solitaires, Albert découvre un cimetière aux croix rongées par le vent, le sable et le sel; dans un geste qui lui semble gratuit, il grave le nom de Heide sur une des croix.

Herminien et Heide arrivent et une relation complexe mais incertaine se noue entre les trois personnages. Une baignade dangereuse manque de tourner au drame mais Heide est sauvée de la noyade par ses deux compagnons. A l’issue d’une longue période orageuse qui contraint le trio à l’enfermement, Heide et Herminien quittent le château et s’enfoncent dans la forêt. Comme ils ne reviennent pas, Albert s’y enfonce à son tour et découvre le corps de Heide qui a été violé par Herminien. Il la ramène au château.

Herminien revient après de longs mois consacrés à la recherche des origines et des mystères du château. Aidé d’Albert, il découvre l’entrée d’un sous-terrain secret … qui mène tout droit à la chambre de Heide. Alors qu’il visite le sous-terrain pour la seconde fois, Albert entend les cris de Heide qui est en train de mourir après avoir avalé un poison violent. Albert et Herminien enterrent Heide au pied de la croix qui porte son nom: le geste qu’Albert pensait gratuit a cellé le destin de la jeune femme.

Après un ultime dialogue avec Albert, Herminien quitte le château mais, en traversant la forêt, il entend les pas d’un promeneur qui le suit, se rapproche et lui plante un poignard dans le dos. La malédiction d’Argol est achevée.

Le court roman est écrit dans un style qui annonce les écrits futurs de Gracq: descriptions minutieuses des paysages et des émotions, longues périodes au phrasé subtil, attente passive d’un inévitable destin contre l’occurence duquel on ne peut se rebeller. Argol est toutefois, de l’avis même de Gracq, le coup d’essai d’un homme encore très jeune et je ne peux pas dire avoir éprouvé un réel plaisir à sa lecture.